Eglise-Exhortation apostolique: « Amoris Laetitia » La joie de l’amour (introduction)

Eglise-Exhortation apostolique: « Amoris Laetitia » La joie de l’amour (introduction)

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Comme son prédécesseur, le Pape François est très attaqué à la vie de famille, maillon essentiel de la société. Dans la présente exhortation apostolique du Pape François, le Saint Père expose le fruit de sa réflexion sur une question majeure qu’est la fammille dont l’épanouissement est déterminant pour l’avenir de la société. 

Amoris Lætitia, fruit de la synodalité

Depuis l’automne 2013 l’Église catholique toute entière s’est mise en « tenue de synode ».
L’Église a en effet parcouru un chemin de discernement à propos de la famille, question
majeure pour les hommes et les femmes de ce temps, pour les sociétés, pour l’Église : le bien
de la famille est déterminant pour l’avenir.

Ce long temps d’écoute et de dialogue, souhaité et encouragé par le pape François a été
ponctué de multiples étapes : consultations des fidèles; approfondissement théologique des
questions débattues ; assemblées de 2014 et 2015 réunissant des évêques du monde entier
accompagnés de quelques auditeurs laïcs ou religieux.

C’est la première fois qu’un Synode se déploie en deux sessions. Une des clefs de lecture de
cette inscription dans le temps long se trouve dans l’exhortation Evangelii Gaudium avec le
principe d’action, le temps est supérieur à l’espace (EG n° 222-225). Tenter de tout contrôler
tout dominer conduit à des impasses, il vaut mieux donner la priorité au temps et initier des
processus. En déployant le Synode dans le temps long, la recherche commune de la vérité a
pu s’affiner.

Le dialogue a pris plusieurs visages au fil du temps : dialogue dans les paroisses ou
communautés croyantes, bien souvent une première ; dialogue entre théologiens, les points
de vue parfois divergents ont pu s’exprimer dans des articles, des colloques ; dialogue entre
évêques au cours des deux assemblées. Les 39 heures de travail en petit groupe de même
langue ont ainsi permis à l’assemblée 2015 d’échapper à une simple juxtaposition de points
de vue, le discernement pastoral a pu murir.

A l’issue de ces assemblées, « événement de grâce » selon les mots du Saint Père, les évêques
lui avaient remis leurs propositions. Rendues publiques pour que « tous partagent le travail
qui nous a engagé ensemble pendant deux ans » précisait-il, ces propositions occupent une
place singulière dans l’exhortation apostolique, à côté d’autres considérations. Cette manière
de faire est la marque d’une Église synodale.

La publication de Amoris Lætitia, « la joie de l’amour » est donc un événement de grâce. Cette
exhortation apostolique post-synodale sur l’amour dans la famille survient au cœur de l’année
jubilaire de la miséricorde. Elle est un encouragement pour tous : pour les familles chrétiennes
afin qu’elles gardent un amour nourri de générosité, engagement, fidélité et patience ; et pour
que chacun soit signe de miséricorde et proximité, là où la vie familiale ne se réalise pas dans
la paix et la joie (cf. AL n° 5).   (Oranne de Mautort)

Orientation pour la lecture: 

Dans sa précédente Exhortation apostolique Evangelii gaudium, le Pape François écrit que dans un
monde où, après deux mille ans, Jésus est redevenu un inconnu dans de nombreux pays, y compris en
Occident, “il convient d’être réalistes et de ne pas donner pour acquis que nos interlocuteurs connaissent
le fond complet de ce que nous disons ou qu’ils peuvent relier notre discours au cœur essentiel de l’Évangile
qui lui confère sens, beauté et attrait” (EG 34).

C’est pourquoi, le style du Pape François est lié au besoin de « renouveau » et, plus encore, d’une
vraie « conversion » du langage. L’objectif est clair : L’Évangile doit être éloquent et atteindre chacun.
Par conséquent, il faut faire en sorte que l’annonce de l’Évangile ne soit pas théorique ou détachée de la
vie réelle des personnes.

Pour parler de la famille et aux familles, la question n’est pas de changer la
doctrine, mais d’inculturer les principes généraux afin qu’ils puissent être compris et mis en pratique.
Notre langage doit encourager et étayer tous les pas accomplis par toutes les familles concrètes.
Dès lors, le Pape François entend s’exprimer dans un langage attentif aux interlocuteurs et cela
requiert discernement et dialogue.

Le discernement exige que l’on ne donne pas pour acquis une formulation de la vérité ni les choix à
accomplir.
Le Pape François – comme ses prédécesseurs – nous demande souvent de faire la distinction, en tant
que pasteurs, entre les différentes situations vécues par notre peuple fidèle et par toutes les familles, les
gens, les personnes.

Ce discernement n’est pas réservé aux situations exceptionnelles. Le discernement
est un processus permanent d’ouverture à la Parole de Dieu dans le but d’éclairer la réalité concrète de
chaque vie, un processus qui nous amène à être dociles à l’Esprit, qui encourage chacun de nous à agir
avec amour, dans les situations concrètes et dans la mesure du possible : elle nous incite à grandir de bien
en mieux.

Une des caractéristiques du discernement ignatien est l’insistance à ne pas prendre seulement
en considération la vérité objective, même si elle est exprimée dans un esprit approprié et proactif. Le
discernement est le dialogue des pasteurs avec le Bon Pasteur afin de chercher toujours le salut des brebis.
La mentalité du Pape François est fondée sur le dialogue.

La pensée qu’il définit « incomplète » est
éminemment fondée sur le dialogue, c’est-à-dire qu’elle n’est pas autoréférentielle, monologuante, abstraite.
Dialoguer veut dire ne pas donner pour acquis non seulement ce que l’autre pense, mais aussi ce que nousmêmes savons. François nous indique deux types de sujets qui ne dialoguent pas, parce que les uns comme
les autres « se réduisent » à eux-mêmes : certains réduisent leur être à leur savoir ou à leur manière de sentir
(il appelle cela « gnosticisme »), les autres réduisent leur être à leurs forces (il appelle cela « néopélagianisme »).

Le dialogue suppose la conviction de notre être social, de notre incomplétude individuelle ;
une conviction fondamentalement positive, parce qu’elle nous empêche de devenir des êtres fermés et nous
ouvre à l’amour dont nous provenons.

L’inclusion de tous est essentielle pour la culture du dialogue. Mais dire que nous sommes tous des
sujets n’équivaut pas à une simple somme de tous les individus ; cela indique plutôt la totalité comprise en
tant que peuple. Le Pape nous propose explicitement de nous attarder sur cette manière de concevoir
l’Église : comme le peuple fidèle de Dieu. Le Pape a une vision inclusive de la société. L’inclusion suppose
l’effort d’accepter la diversité, de dialoguer avec ceux qui pensent autrement, de favoriser la participation
de ceux qui ont des aptitudes différentes.

Dialogue et discernement sont imbriqués, comme l’a affirmé le Pape dans son audience à La Civiltà
Cattolica : « Le discernement spirituel s’efforce de reconnaître la présence de l’Esprit de Dieu dans les
réalités humaines et culturelles, la graine de sa présence déjà plantée dans les évènements, les sensibilités,
les désirs, dans les tensions profondes des cœurs et des contextes sociaux, culturels et spirituels »
(14.6.2013). Cela se traduit par l’obligation des pasteurs de bien discerner les situations. (cf. Familiaris
Consortio n. 84 etSacramentumCaritatis29).

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Le souci pastoral ne doit donc pas être perçu comme s’opposant au droit. Au contraire : l’amour de
la vérité est le point de rencontre fondamental entre la loi et la pastorale : la vérité n’est pas abstraite ; elle
s’intègre dans le parcours humain et chrétien de chaque fidèle. La vérité pastorale n’est pas, elle non plus,
une simple application pratique contingente de la théologie. Il ne s’agit pas d’adapter une pastorale à la
doctrine, mais de ne pas arracher à la doctrine son sceau pastoral originel et constitutif.

Le langage de la miséricorde incarne la vérité dans la vie. La préoccupation du Pontife est donc de
recontextualiser la doctrine au service de la mission pastorale de l’Église. La doctrine doit être interprétée
par rapport au cœur du kérygme chrétien et à la lumière du contexte pastoral dans lequel elle sera appliquée,
sans jamais oublier que la suprema lex doit être la salus animarum, comme l’énonce le dernier canon du Code
de droit de droit canonique : « … sans perdre de vue le salut des âmes qui doit toujours être dans l’Église la loi suprême ».

Amoris Laetitia, sur l’amour dans la famille (Synthèse)

« Amoris Laetitia » (AL – « La joie dans l’amour »), l’Exhortation apostolique postsynodale « sur l’amour dans la famille » qui ne porte pas par hasard la date du 19 mars, jour de la Solennité de Saint Joseph, rassemble les résultats des deux Synodes sur la famille convoqués par le Pape François en 2014 et 2015. Les Relations conclusives des deux Synodes y sont largement citées, ainsi que d’autres documents et enseignements des prédécesseurs du Pape François et des nombreuses catéchèses qu’il a prononcé sur la famille.

Comme cela est déjà arrivé avec d’autres
documents magistériels, le Pape puise également dans des documents de différentes Conférences
épiscopales du monde (Kenya, Australie, Argentine…) et cite des personnalités bien connues telles
que Martin Luther King ou Erich Fromm. A noter, une citation du film « Le Festin de Babette »,
que le Pape a souhaité évoquer pour expliquer le concept de gratuité.

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